Les Européens doivent formuler, dans l’urgence, leurs priorités en matière de défense. Le revirement stratégique américain, annoncé bien avant l’élection de Donald Trump, se vérifie depuis quelques semaines, et surtout depuis le guet-apens du 1er mars quand le président ukrainien a été pris à partie devant les caméras dans le bureau ovale de la Maison blanche. Le réveil européen est en cours. Mais l’ampleur de la dépendance militaires des Européens aux Américains se révèle à mesure qu’on prend la mesure du défi, rappelle Pierre Buhler. Les Européens ne gagneront pas leur autonomie stratégique en quelques mois ni même en quelques années. Sous une pression américaine qui va se maintenir, les Européens vont devoir faire rapidement des choix engageant l’avenir du continent pour plusieurs décennies, tant que la menace hybride russe se renforce.
Ce bouleversement de l’ordre des priorités fragilise l’agenda vert de la Commission européenne. Personne ne brandit de tronçonneuse à Bruxelles mais les messages répétés sur les excès de réglementation qui « étouffent » l’économie se multiplient dans les instances européennes. Qu’il semble loin le temps où l’on vantait la puissance normative du projet européen ! Cible immédiate : le reporting environnemental qui fait partie des indicateurs non-financiers demandés aux entreprises.
Les entreprises ne découvrent pas ce sujet, qui est discuté depuis de longues années. Et certaines d’entre elles se sont déjà fortement engagées dans des politiques ambitieuses de transition qui peut leur donner un avantage compétitif sur leur marché. Mais beaucoup se plaignent d’un surcroit de charge bureaucratique. La directive Omnibus de la Commission Européenne vise à amender et harmoniser certains textes législatifs du Pacte vert pour l’Europe et à assouplir les règles de reporting environnemental, notamment les stratégies de développement durable (Corporate Sustainability Reporting Directive, CSRD), le Règlement sur la taxonomie verte et la directive sur le devoir de vigilance en matière de durabilité des entreprises (CS3D).
Ces obligations sont-elles vraiment pesantes pour les entreprises ? En quoi consistent-elles exactement ? Les entreprises françaises risquaient-elles particulièrement d’y perdre ? Ces questions méritent de sortir du débat juridico-administratif dans lequel elles se cantonnent aujourd’hui car elles concernent, au-delà des aspects techniques, la possibilité de vérifier les engagements pris par les entreprises européennes en faveur des objectifs de développement durable.
Les démocraties européennes ne sont pas seulement menacées par la guerre hybride russe ou le renversement d’alliances trumpiste, elles sont aussi minées de l’intérieur par des forces politiques qui soutiennent Poutine ou Trump, voire les deux à la fois. En France particulièrement, où l’antiaméricanisme a toujours été largement partagé, les argumentaires russes reçoivent un bon accueil au sein de divers courants politiques, quand ils ne sont pas tout simplement repris par des responsables de partis. A ce titre, il est utile de suivre les prises de positions de Jean-Luc Mélenchon sur son blog à propos de l’Ukraine, rappelle Thierry Pech. L’Insoumis tient à rappeler qu’il a condamné l’agression russe. Mais il voit essentiellement dans cette attaque contre l’Ukraine la confirmation de ses thèses hostiles à l’OTAN et reprend à son compte le narratif russe. Il légitime la contestation des frontières européennes, qui, à ses yeux, n’ont pas été bien gérées au moment de l’effondrement de l’URSS. Cela relève d’un contresens complet sur la volonté impériale de la Russie poutinienne.